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Listedelectures.

17.02.2022

Reprendre la lecture comme on retrouve sa gourmandise, comme on laisse le sommeil nous accueillir à nouveau…         S’imprégner d’un univers, de liens, d’une vison; noter, annoter, souligner, retenir. Retrouver les mots comme on goûte une nouvelle saveur, comme on découvre une nouvelle mélodie, foule un nouveau territoire.         Évidemment, comme dans tout, le contexte participe aux festivités : aux retrouvailles, au festin, à l’émerveillement. La délectation est palpable, différemment. Elle embellit ce moment accordé avec soi, l’auteur, l’histoire, la musique, les parfums. Voici les derniers livres dégustés :

*« Mon père et ma mère » — Aharon Appelfeld

 

*« Se trouver » — Anne Dufourmantelle

 

*« L’enfant, la taupe, le renard et le cheval » — Charlie Mackesy

 

*« Une eclipse » — Raphaël Haroche

 

*« Milk & Honey » — Rupi Kaur

 

* »Réinventer l’amour » — Mona Chollet

 

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« Mon père et ma mère » d’Aharon Appelfeld, dans lequel j’ai mis tant de temps à plonger (peut-être parce que je n’y trouvais pas tout à fait ce que j’y cherchais le titre étant particulièrement évocateur) m’a ravie d’un œil enfantin, tendrement naïf et pourtant bien ancré dans la mémoire de l’homme qui écrit. On passe d’un âge à un autre, de fulgurances poétiques à des réflexions sur l’écriture entre deux contemplations qui interpellent et touchent le cœur. On y voit l’âme de l’auteur, et ce n’est pas rien. Et sans s’en apercevoir, en terminant le livre, on réalise que le regard de celui-ci va nous manquer.

 

« Qui connaît l’âme d’un être?  Nous supposons, devinons, mais savons-nous vraiment

quels sont ses mobiles et ses obstacles ? Quoiqu’il en soit, il ne faut juger personne à la légère. »

 

« Sans doute sous l’influence de ma mère,

je suis depuis l’enfance attiré par les femmes qui ont des faiblesse,

et ce n’est pas la pitié qui m’anime mais un sentiment de proximité.

Elles ont éveillé en moi la passion de la contemplation.

Il m’est aisé de découvrir la fragilité d’un être, en d’autres termes, son humanité. »

 

« L’étonnement ne peut pas naître d’une contemplation organisée,

mais d’une grâce suscitée par ce qui se dévoile à vos yeux dans l’instant.

Les yeux de ma mère affirmaient :

Il y a beaucoup de découvertes dans une vie,

certaines nous sont compréhensibles, d’autres demeurent opaques.

Je ne suis pas là pour classer les gens et leur attribuer des notes.

Je les prends tels qu’ils sont. Chaque être possède quelque chose dont nous sommes privés. »

 

« L’aventure de l’écriture n’est pas une expérience des plus faciles.

Elle contient le face-à-face avec vous-même tout au long d’une vie,

et toutes les épreuves affrontées : les erreurs, les échecs, les rencontres glaciales,

celles qui vous ont vidé, les amours violentes dont les blessures ne cicatrisent pas,

et plus que tout, la mort, dans son expression la plus accablante,

telle que nous l’avons éprouvée, mes parents et moi,

enfant – c’est tout cela et plus encore que vous êtes amené à regarder en face. »

 

« Maman dit qu’il faut entraîner la main afin que je le jour venu

elle soit capable d’exprimer les murmures du coeur.

Je suppose que cette phrase lui vient de ses professeurs de piano.

Cette règle est-elle également valable pour l’écriture ?

Je le saurai avec le temps, je suppose. »

 

« (…) Rester, chercher, être responsables. Penser à la singularité de chacun,

c’est là-dessus que le monde repose. Sans singularité, la vie n’a aucun sens. »

Margaux de fouchier Se trouver.

« Se trouver » d’Anne Dufourmantelle m’a donné l’envie de poursuivre la lecture de ses ouvrages, en commençant par « Eloge du risque » et « En cas d’amour ». Dans « Se trouver », il y a une façon d’aborder certains de nos maux entre psychanalyse et philosophie pour plonger en soi et y interroger les certitudes, déconstruire certaines croyances, y retrouver des évidences. J’y ai parfois même trouvé des débuts de réponses à certaines questions. Évidemment, c’est objectif (comme toujours), mais j’adore avoir quelques clés et des pistes de réflexions qui sortent justement de celles sur lesquelles je suis parfois déjà lancée, et de les voir se répondre pour créer un chemin unique, rien qu’à soi.

 

« Prendre des risques, c’est oser sortir du statu quo,

identifier tout ce qui nous happe du côté de la répétition,

de la fatalité, de la loyauté envers le passé, et ainsi s’ouvrir à l’inattendu »,

m’a-t-elle dit lors de la sortie de son livre Éloge du risque (Payot).

Faire un pas de côté, pour envisager autrement ce qu’on croyait immuable :

je suis reconnaissante à cet exercice salvateur que propose la psychanalyse. »

 

« Vous voulez résoudre vos contradictions ? Et s’il s’agissait au contraire de les chérir ? »

 

« Questionner, attaquer sans cesse notre rapport au monde sensoriel, instinctif,

parce qu’il est encombré de préjugés, d’idées fausses,

de valeurs hérités, qu’il faut sans cesse mettre à la question. »

 

« Et pourtant il est question de « se trouver ». Une trouvaille pareille à nulle autre.

Parce qu’il faut du courage pour l’entreprendre,

et parce qu’il y a de la douceur aussi dans le cheminement de cette rencontre avec soi.

Sur le terrain balisé de la répétition que la névrose défend,

l’inespéré traduit la possibilité d’une alternative. « Tu peux changer ta vie »,

dit le vers d’un poème de Rilke. Et s’il s’agissait d’abord de se perdre,

c’est-à-dire de mettre à l’épreuve une certaine idée que l’on se faisait de soi ? »

 

« Vous voulez dire que nous créons notre réalité ? Non, ce serait une pensée démiurgique.

Mais nous rencontrons le réel à partir de notre désir, de nos filtrages,

de nos armures à la fois fabriquées par nous et inconnues de nous.

Si le réel était un fleuve, la réalité serait ce point du rivage sur lequel on se tient.

Effectivement, il y a là du sable, des galets, des libellules. Ce n’est pas ça qu’on invente.

Simplement, dix pas de plus et il aura un autre paysage. »

Margaux de fouchier Liste de lectures.
Margaux de fouchier Liste de lectures.

« L’enfant, la taupe, le renard et le cheval » de Charlie Mackesy :

‘Le cheval est l’être le plus grand qu’ils aient jamais rencontré, et aussi le plus doux.
Ils sont tous différents, comme nous, et chacun a ses propres faiblesses.

Je me retrouve dans chacun d’eux, peut-être que vous aussi.
Leurs aventures se déroulent au printemps, à un moment où la neige tombe et juste après le soleil brille.

Un peu comme dans la vie, tout peut basculer d’un instant à l’autre.
J’espère que ce livre vous aidera à vivre courageusement,

à être plus gentil avec vous-même et avec les autres,

et à demander de l’aide quand vous en aurez besoin, ce qui est toujours courageux.
Alors que j’écrivais ce livre, je me suis souvent demandé : qui suis-je donc pour faire cela?

Mais comme dit le cheval : « En vérité, tout le monde improvise. »
Alors je vous invite à déployer vos ailes et suivre vos rêves.

Ce livre en est un pour moi. Je vous souhaite une bonne lecture et beaucoup d’amour.
Merci. Charlie x’

 

 

 

 

Cette introduction de l’auteur annonce parfaitement le délicieux moment que l’on passe à découvrir les poétiques dessins et bienveillants messages qui les accompagnent. C’est un très joli livre à offrir aux enfants qui ravira toutes les générations qui l’entourent. 

 

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« Une éclipse » de Raphaël Haroche :

 

Ce sont des morceaux de vie, saisissants de justesse dans l’absurdité du réel. On s’y noie, on s’y perd, on s’y retrouve. On va à l’essentiel de ces portraits, et c’est toute la force des nouvelles. C’est l’essence d’une réaction, d’une vision, d’un destin, aussi anodin puisse-t-il paraître. Et chaque portrait laisse un goût différent, un parfum connu ou bien surprenant mais à chaque fois légèrement entêtant.

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« Milk & Honey »  de Rupi Kaur est un recueil de poésie brut, percutant, poétique. Ses poèmes sont accompagnés de ses propres dessins et vont droit au coeur par leur sincérité incisive, avec toute la magie qu’a la poésie, d’être à la fois personnelle et universelle.

 

« je ne veux pas de toi

 pour remplir mes parties vides
je veux être pleine par moi-même
je veux être pleine
à pouvoir éclairer une ville entière
et après je veux
de toi en moi parce que nous deux ensemble
pouvons y mettre le feu »

 

 

« tu enroules mes cheveux

autour de tes doigts

et tires doucement

c’est ta façon

de faire de la musique

avec mes notes » – préliminaires

 

 

« je ne sais pas ce que c’est que vivre une vie équilibrée

quand je suis triste

je ne pleure pas je coule à flots

quand je suis heureuse

je ne souris pas je rayonne

quand je suis en colère

je ne hurle pas je brûle

 

 

l’avantage de ressentir les extrêmes c’est que

quand j’aime je leur donne des ailes

mais ce n’est peut-être pas

une si bonne chose parce que

ils ont toujours tendance à partir

et vous devriez me voir

quand mon coeur est brisé

je n’ai pas du chagrin

je vole en éclats »

Margaux de fouchier Réinventer l’amour (1)

Après avoir dévoré « Sorcières », j’ai pris mon temps pour déguster le très réussi et très fort dernier essai de Mona Chollet « Réinventer l’amour, comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles ».

Toujours avec justesse, intelligence et finesse, elle décortique l’amour et les relations sous l’influence du conditionnement social, à travers la culture, l’Histoire, les représentations… Elle accompagne ses recherches  d’exemples parlants, tout en laissant la place au lecteur de se faire son propre avis en nuançant le sien. Avec une sincérité touchante, elle livre sa propre histoire avec intimité et ne s’empêche pas d’exposer ses propres contradictions, entre convictions engagées et réalité du quotidien… Alors, avec nuance encore, elle donne quelques clés pour comprendre, écouter, voir, aider, changer. Et c’est, pour qui le souhaite, assez salvateur.

«Chez Serge Rezvani, le bonheur est une source de singularité – et de création, et de réflexion – éclatante. »« J’aime l’idée d’avoir la solitude pour état premier, de garder une base arrière, d’être avec l’autre, pour quelques heures ou pour quelques jours, parce que je l’ai choisi, parce que nous le désirons tous les deux, et pas parce qu’il se trouve qu’il habite là, lui aussi. J’aime l’idée de ne jamais subir sa présence et de ne jamais lui imposer la mienne. »« Aux antipodes de cette assurance masculine, les femmes intègrent très tôt une tendance non seulement à pratiquer l’introspection et à se remettre en question (ce qui est plutôt positif), mais aussi à douter d’elles- mêmes, à se culpabiliser sans cesse, à penser que tout est de leur faute ou de leur responsabilité, à s’excuser d’exister (ce qui est nettement moins bien). Cette tendance nous affaiblit considérablement dans un rapport amoureux, surtout quand il se révèle abusif. »« Nous reprocher un conditionnement qui nous dessert reviendrait à nous infliger une double peine. Les seuls responsables des violences sont ceux qui les commettent et la culture qui les y autorise. »« Je pense à ces mots de la poétesse canadienne Rupi Kaur :« Je ne veux pas de toiPour remplir mes parties videsJe veux être pleine par moi-mêmeJe veux être pleineÀ pouvoir éclairer une ville entièreEt après jeveux de toi en moiParce que nous deux ensemblePouvons y mettre le feu. »« J’ai admiré des couples qui, justement, se révélaient capables d’installer leur histoire dans la durée, dans le quotidien, avec confiance, bonheur, volupté. Pour moi, les liens tissés au fil des années – amours ou amitiés, d’ailleurs –, nourris du génie propre de chacun, de sa générosité, de ses ressources insoupçonnées, ceux qui font s’entremêler profondément deux existences, sont ce qui donne son sens à la vie, la seule victoire possible sur la mort.»