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17.02.2022

Reprendre la lecture comme on retrouve sa gourmandise, comme on laisse le sommeil nous accueillir à nouveau…         S’imprégner d’un univers, de liens, d’une vison; noter, annoter, souligner, retenir. Retrouver les mots comme on goûte une nouvelle saveur, comme on découvre une nouvelle mélodie, foule un nouveau territoire.         Évidemment, comme dans tout, le contexte participe aux festivités : aux retrouvailles, au festin, à l’émerveillement. La délectation est palpable, différemment. Elle embellit ce moment accordé avec soi, l’auteur, l’histoire, la musique, les parfums. Voici les derniers livres dégustés :

* »Être à sa place » — Claire Marin

 

*Sorrow & Bliss »— Meg Mason

 

* »Réinventer l’amour » — Mona Chollet

 

* »Nos cheveux blanchiront avec nos yeux » — Thomas Vineau

 

* »La dernière saison du monde » — Simon Johannin

 

*The Universe of Us » — Lang Leav

 

* »Éloge des voyages et du repos »— Élisabeth Foch-Eyssette

 

*« Milk & Honey » — Rupi Kaur

 

*« Mon père et ma mère » — Aharon Appelfeld

 

*« Se trouver » — Anne Dufourmantelle

 

*« L’enfant, la taupe, le renard et le cheval » — Charlie Mackesy

 

*« Une eclipse » — Raphaël Haroche

 

*« Liv Maria » — Julia Kerninon

 

* »Le Colibri » — Sandro Veronesi

 

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« Mon père et ma mère » d’Aharon Appelfeld, dans lequel j’ai mis tant de temps à plonger (peut-être parce que je n’y trouvais pas tout à fait ce que j’y cherchais le titre étant particulièrement évocateur) m’a ravie d’un œil enfantin, tendrement naïf et pourtant bien ancré dans la mémoire de l’homme qui écrit. On passe d’un âge à un autre, de fulgurances poétiques à des réflexions sur l’écriture entre deux contemplations qui interpellent et touchent le cœur. On y voit l’âme de l’auteur, et ce n’est pas rien. Et sans s’en apercevoir, en terminant le livre, on réalise que le regard de celui-ci va nous manquer.

 

« Qui connaît l’âme d’un être?  Nous supposons, devinons, mais savons-nous vraiment

quels sont ses mobiles et ses obstacles ? Quoiqu’il en soit, il ne faut juger personne à la légère. »

 

« Sans doute sous l’influence de ma mère,

je suis depuis l’enfance attiré par les femmes qui ont des faiblesse,

et ce n’est pas la pitié qui m’anime mais un sentiment de proximité.

Elles ont éveillé en moi la passion de la contemplation.

Il m’est aisé de découvrir la fragilité d’un être, en d’autres termes, son humanité. »

 

« L’étonnement ne peut pas naître d’une contemplation organisée,

mais d’une grâce suscitée par ce qui se dévoile à vos yeux dans l’instant.

Les yeux de ma mère affirmaient :

Il y a beaucoup de découvertes dans une vie,

certaines nous sont compréhensibles, d’autres demeurent opaques.

Je ne suis pas là pour classer les gens et leur attribuer des notes.

Je les prends tels qu’ils sont. Chaque être possède quelque chose dont nous sommes privés. »

 

« L’aventure de l’écriture n’est pas une expérience des plus faciles.

Elle contient le face-à-face avec vous-même tout au long d’une vie,

et toutes les épreuves affrontées : les erreurs, les échecs, les rencontres glaciales,

celles qui vous ont vidé, les amours violentes dont les blessures ne cicatrisent pas,

et plus que tout, la mort, dans son expression la plus accablante,

telle que nous l’avons éprouvée, mes parents et moi,

enfant – c’est tout cela et plus encore que vous êtes amené à regarder en face. »

 

« Maman dit qu’il faut entraîner la main afin que je le jour venu

elle soit capable d’exprimer les murmures du coeur.

Je suppose que cette phrase lui vient de ses professeurs de piano.

Cette règle est-elle également valable pour l’écriture ?

Je le saurai avec le temps, je suppose. »

 

« (…) Rester, chercher, être responsables. Penser à la singularité de chacun,

c’est là-dessus que le monde repose. Sans singularité, la vie n’a aucun sens. »

Margaux de fouchier Se trouver.

« Se trouver » d’Anne Dufourmantelle m’a donné l’envie de poursuivre la lecture de ses ouvrages, en commençant par « Eloge du risque » et « En cas d’amour ». Dans « Se trouver », il y a une façon d’aborder certains de nos maux entre psychanalyse et philosophie pour plonger en soi et y interroger les certitudes, déconstruire certaines croyances, y retrouver des évidences. J’y ai parfois même trouvé des débuts de réponses à certaines questions. Évidemment, c’est objectif (comme toujours), mais j’adore avoir quelques clés et des pistes de réflexions qui sortent justement de celles sur lesquelles je suis parfois déjà lancée, et de les voir se répondre pour créer un chemin unique, rien qu’à soi.

 

« Prendre des risques, c’est oser sortir du statu quo,

identifier tout ce qui nous happe du côté de la répétition,

de la fatalité, de la loyauté envers le passé, et ainsi s’ouvrir à l’inattendu »,

m’a-t-elle dit lors de la sortie de son livre Éloge du risque (Payot).

Faire un pas de côté, pour envisager autrement ce qu’on croyait immuable :

je suis reconnaissante à cet exercice salvateur que propose la psychanalyse. »

 

« Vous voulez résoudre vos contradictions ? Et s’il s’agissait au contraire de les chérir ? »

 

« Questionner, attaquer sans cesse notre rapport au monde sensoriel, instinctif,

parce qu’il est encombré de préjugés, d’idées fausses,

de valeurs hérités, qu’il faut sans cesse mettre à la question. »

 

« Et pourtant il est question de « se trouver ». Une trouvaille pareille à nulle autre.

Parce qu’il faut du courage pour l’entreprendre,

et parce qu’il y a de la douceur aussi dans le cheminement de cette rencontre avec soi.

Sur le terrain balisé de la répétition que la névrose défend,

l’inespéré traduit la possibilité d’une alternative. « Tu peux changer ta vie »,

dit le vers d’un poème de Rilke. Et s’il s’agissait d’abord de se perdre,

c’est-à-dire de mettre à l’épreuve une certaine idée que l’on se faisait de soi ? »

 

« Vous voulez dire que nous créons notre réalité ? Non, ce serait une pensée démiurgique.

Mais nous rencontrons le réel à partir de notre désir, de nos filtrages,

de nos armures à la fois fabriquées par nous et inconnues de nous.

Si le réel était un fleuve, la réalité serait ce point du rivage sur lequel on se tient.

Effectivement, il y a là du sable, des galets, des libellules. Ce n’est pas ça qu’on invente.

Simplement, dix pas de plus et il aura un autre paysage. »

Margaux de fouchier Liste de lectures.
Margaux de fouchier Liste de lectures.

« L’enfant, la taupe, le renard et le cheval » de Charlie Mackesy :

‘Le cheval est l’être le plus grand qu’ils aient jamais rencontré, et aussi le plus doux.
Ils sont tous différents, comme nous, et chacun a ses propres faiblesses.

Je me retrouve dans chacun d’eux, peut-être que vous aussi.
Leurs aventures se déroulent au printemps, à un moment où la neige tombe et juste après le soleil brille.

Un peu comme dans la vie, tout peut basculer d’un instant à l’autre.
J’espère que ce livre vous aidera à vivre courageusement,

à être plus gentil avec vous-même et avec les autres,

et à demander de l’aide quand vous en aurez besoin, ce qui est toujours courageux.
Alors que j’écrivais ce livre, je me suis souvent demandé : qui suis-je donc pour faire cela?

Mais comme dit le cheval : « En vérité, tout le monde improvise. »
Alors je vous invite à déployer vos ailes et suivre vos rêves.

Ce livre en est un pour moi. Je vous souhaite une bonne lecture et beaucoup d’amour.
Merci. Charlie x’

 

 

 

 

Cette introduction de l’auteur annonce parfaitement le délicieux moment que l’on passe à découvrir les poétiques dessins et bienveillants messages qui les accompagnent. C’est un très joli livre à offrir aux enfants qui ravira toutes les générations qui l’entourent. 

 

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« Une éclipse » de Raphaël Haroche :

 

Ce sont des morceaux de vie, saisissants de justesse dans l’absurdité du réel. On s’y noie, on s’y perd, on s’y retrouve. On va à l’essentiel de ces portraits, et c’est toute la force des nouvelles. C’est l’essence d’une réaction, d’une vision, d’un destin, aussi anodin puisse-t-il paraître. Et chaque portrait laisse un goût différent, un parfum connu ou bien surprenant mais à chaque fois légèrement entêtant.

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« Milk & Honey »  de Rupi Kaur est un recueil de poésie brut, percutant, poétique. Ses poèmes sont accompagnés de ses propres dessins et vont droit au coeur par leur sincérité incisive, avec toute la magie qu’a la poésie, d’être à la fois personnelle et universelle.

 

« je ne veux pas de toi

 pour remplir mes parties vides
je veux être pleine par moi-même
je veux être pleine
à pouvoir éclairer une ville entière
et après je veux
de toi en moi parce que nous deux ensemble
pouvons y mettre le feu »

 

 

« tu enroules mes cheveux

autour de tes doigts

et tires doucement

c’est ta façon

de faire de la musique

avec mes notes » – préliminaires

 

 

« je ne sais pas ce que c’est que vivre une vie équilibrée

quand je suis triste

je ne pleure pas je coule à flots

quand je suis heureuse

je ne souris pas je rayonne

quand je suis en colère

je ne hurle pas je brûle

 

 

l’avantage de ressentir les extrêmes c’est que

quand j’aime je leur donne des ailes

mais ce n’est peut-être pas

une si bonne chose parce que

ils ont toujours tendance à partir

et vous devriez me voir

quand mon coeur est brisé

je n’ai pas du chagrin

je vole en éclats »

Margaux de fouchier Réinventer l’amour (1)

Après avoir dévoré « Sorcières », j’ai pris mon temps pour déguster le très réussi et très fort dernier essai de Mona Chollet « Réinventer l’amour, comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles ».

Toujours avec justesse, intelligence et finesse, elle décortique l’amour et les relations sous l’influence du conditionnement social, à travers la culture, l’Histoire, les représentations… Elle accompagne ses recherches  d’exemples parlants, tout en laissant la place au lecteur de se faire son propre avis en nuançant le sien. Avec une sincérité touchante, elle livre sa propre histoire avec intimité et ne s’empêche pas d’exposer ses propres contradictions, entre convictions engagées et réalité du quotidien… Alors, avec nuance encore, elle donne quelques clés pour comprendre, écouter, voir, aider, changer. Et c’est, pour qui le souhaite, assez salvateur.

«Chez Serge Rezvani, le bonheur est une source de singularité – et de création, et de réflexion – éclatante. »« J’aime l’idée d’avoir la solitude pour état premier, de garder une base arrière, d’être avec l’autre, pour quelques heures ou pour quelques jours, parce que je l’ai choisi, parce que nous le désirons tous les deux, et pas parce qu’il se trouve qu’il habite là, lui aussi. J’aime l’idée de ne jamais subir sa présence et de ne jamais lui imposer la mienne. »« Aux antipodes de cette assurance masculine, les femmes intègrent très tôt une tendance non seulement à pratiquer l’introspection et à se remettre en question (ce qui est plutôt positif), mais aussi à douter d’elles- mêmes, à se culpabiliser sans cesse, à penser que tout est de leur faute ou de leur responsabilité, à s’excuser d’exister (ce qui est nettement moins bien). Cette tendance nous affaiblit considérablement dans un rapport amoureux, surtout quand il se révèle abusif. »« Nous reprocher un conditionnement qui nous dessert reviendrait à nous infliger une double peine. Les seuls responsables des violences sont ceux qui les commettent et la culture qui les y autorise. »« Je pense à ces mots de la poétesse canadienne Rupi Kaur :« Je ne veux pas de toiPour remplir mes parties videsJe veux être pleine par moi-mêmeJe veux être pleineÀ pouvoir éclairer une ville entièreEt après jeveux de toi en moiParce que nous deux ensemblePouvons y mettre le feu. »« J’ai admiré des couples qui, justement, se révélaient capables d’installer leur histoire dans la durée, dans le quotidien, avec confiance, bonheur, volupté. Pour moi, les liens tissés au fil des années – amours ou amitiés, d’ailleurs –, nourris du génie propre de chacun, de sa générosité, de ses ressources insoupçonnées, ceux qui font s’entremêler profondément deux existences, sont ce qui donne son sens à la vie, la seule victoire possible sur la mort.»

Margaux de fouchier Liste de lectures.
Margaux de fouchier Liste de lectures.

*« Liv Maria » — Julia Kerninon

 

« ‘La différence entre ta mère et les autres femmes (…) c’est la même qu’entre une pomme domestique et une pomme sauvage. Regarde-la. Elle est plus petite, plus dure, elle exige plus de subtilité pour être aimée. Mais elle est comme ça parce que rien ni personne ne la fait plier. Elle emprunte les chemins difficiles qui semblent être les seuls qu’elle connaisse, et c’est tout. »

 

« Que saisisson-nous des gens, la première fois que nous posons les yeux sur eux? Leur vérité, ou plutôt leur couverture? Leur vernis, ou leur écorce? Avons-nous à ce moment-là une chance unique de les percer à jouer, ou est-ce que cet espoir est absolument vain, parce que le premier regard passe toujours à côté de ce qui est important? »

« Bless you. Bliss. Blesser. Plus tard seulement, dans un temps qu’elle était alors absolument incapable de concevoir, viendrait le moment où serait brutalement rappelé à Liv Maria le sens caché des mots, et combien une bénédiction peut aussi devenir une blessure impossible à cicatriser, épaisse et dure comme du cuir. »

 

« Plus de parents. Plus jamais sa mère, plus jamais son père. Plus jamais la vie qu’elle avait connue avec eux. Plus jamais les odeurs familières, la mémoire commune, les doigts osseux de Mado entrelacés aux siens. Plus jamais l’enfance. Et puis, laborieusement, elle avait accepté cet évènement comme partie intégrante de son destin, comme si leurs deux petites tombes à venir, si poignants, minuscules, dans le sable friand de la dune, avaient trouvé instinctivement leur place. »

 

« Il y avait cette idée qu’après les catastrophes on pouvait agir, chercher et inventer des solutions, prendre des mesures, sauver quelque chose du désastre. »

 

« Seule dans sa tête, perpétuellement aux aguets, Liv Maria se demandait combien de temps on pouvait oublier ce qu’on savait, ne pas savoir qu’on le savait, ou estimer que ce qu’on ressentait était trop improbable pour être vrai. »

 

« Elle aurait pu essayer d’expliquer (…) Comment, livrée à elle-même, âgée seulement de dix-sept ans, elle avait commis cette erreur en totale méconnaissance de cause. Tout cela aurait été délicat, mais peut-être pas impossible. Liv Maria élaborait dans sa tête de grands discours éloquents, elle parvenait à se convaincre elle-même, elle voulait remonter le temps et réparer sa trajectoire, faire en sorte de pouvoir embarquer dans son mariage avec Flynn sans porter le poids de cette histoire trop grande pour elle, tragique. Parfois, elle se jugeait plus sévèrement, elle s’accusait de lâcheté, de vouloir décharger sa culpabilité sur d’autres, laver sa conscience à l’eau de leur confiance, pour en ressortir, elle, radieuse et eux, brisés. Ça n’allait pas. Rien n’allait. »

 

« Plus Liv Maria grandissait, et plus elle pouvait mettre des mots sur ce que ses parents lui avaient appris – la dureté, la littérature, la détestation de l’ennui, le goût de la vitesse et de la pâtisserie. Tout ce qu’ils lui avaient livré sans un mot, simplement par leur comportement, la légende de l’amour de ses parents telle qu’elle l’avait comprise à travers l’observation, cet équilibre d’étrangeté, de compromis, de chuchotements dans la nuit et de comportements divergents. Mais, avançant dans la vie adulte comme à tâtons dans le noir, elle découvrait aussi tout ce qu’ils avaient oublié de lui apprendre – ce qu’ils ignoraient, et ce qui leur paraissait sans doute tellement évident qu’ils n’avaient jamais envisagé de le dire à voix haute, à moins qu’ils n’aient peut-être pensé pouvoir le lui apprendre plus tard, s’imaginant avoir tout le temps du monde. »

 

« (…) Liv Maria avait eu l’impression de saisir ce qu’était exactement une fille de cet âge-là. Quand elle en était une elle-même, elle ne se voyait pas. Là (…) elle comprenait combien elle avait été jeune, à l’époque, et vulnérable, combien elle avait ignoré jusqu’à sa propre ignorance. Et que lui, … , avait fait ce qu’il avait fait en connaissance de cause. Maintenant qu’elle était aussi une adulte, et une mère, elle ne parvenait pas à comprendre comment tout ça avait été possible – comment avait-il osé faire ça? »

 

« (…) c’était exactement cela, un mariage – deux personnes progressant main dans la main sur un territoire qu’ils ne connaissent pas. Il l’avait aimée toutes les années d’après, avec ses bizarreries, ses mystères, parce qu’il avait la sensation d’avoir les bras grands ouverts et de pouvoir tout prendre, tout recevoir de ce qu’elle était. Incontrôlable, essayant de se contrôler. Il l’avait vue changer. Il l’avait aimée tout le temps. Il n’avait jamais pensé qu’elle partirait, même s’il sentait en elle quelque chose de secret, il croyait que ce secret le concernait lui aussi, qu’ils le partageaient même sans en parler. Il la tenait pour acquise, alors. Il avait tort. »

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* »Le Colibri » — Sandro Veronesi

 

On devrait tous savoir – et ce n’est pas le cas – que le sort d’une relation entre deux personnes est toujours fixé dès le départ et une fois pour toutes : pour prévoir la fin qui l’attend, il suffit de regarder son début.

 

Mais cette vision inspirée n’excède pas l’instant, ensuite elle s’évanouit ou on la refoule, ce qui explique pourquoi les histoires entre les gens réservent des surprises, causent des dégâts, du plaisir ou de la douleur imprévus.

 

Comment raconter le surgissement d’un grand amour quand on sait qu’il a fini en foire d’empoigne ? Et comment décrire celui des deux qui est leurré – parce que dès le début il y a un leurre – sans qu’il passe pour un imbécile ?

 

même choisi, le malheur reste du malheur et si le moment arrive où il constitue le seul et unique fruit d’un mariage, on le transmet aux enfants.

 

les passions fondamentales de son père pour la mer et la montagne vers des pratiques qui nourrissaient une philosophie de vie bien précise, à savoir le surf et l’escalade, pour lesquels elle s’était révélée très douée. Ce qui l’avait introduite toute jeune dans ces communautés qu’on ne quitte plus, parce que ce sont des communautés d’esprit qui rassemblent en bandes les irréguliers du monde entier – et pour ça oui, Adele était restée une irrégulière – à la recherche de plages, de parois, de vagues, de sauts mémorables, mais surtout de cette distance par rapport aux soucis bourgeois qui rend ceux qui la trouvent moins enclins au malheur.

 

 

Il faut dire que les sautes d’humeur d’Irene, ses explosions, ses rébellions, ses sombres périodes de silence, ses renaissances illusoires, ses élans d’amour et d’optimisme et puis de nouveau sa tristesse, sa colère et les bêtises commises en connaissance de cause,

 

 

Et pour finir, il arriva. Il arriva, ce coup de téléphone que tous les parents redoutent comme l’enfer, parce que c’est l’enfer, c’est la porte de l’enfer et heureusement il n’arrive que pour un tout petit nombre, il terrifie tout le monde, mais il n’arrive que pour quelques malheureux parents prédestinés, marqués, il n’échoit qu’à une poignée particulièrement infortunée, abandonnée de Dieu, mais il est redouté par tous, le plus redouté arrive en pleine nuit, encore que ce ne fut pas le cas, le plus terrifiant nous réveille en sursaut au cœur de la nuit, driiing, et il est si terrifiant qu’il arrive même quand il n’arrive pas, au sens où nous l’avons tous reçu même si nous ne l’avons pas reçu, parce que nous avons tous au moins une fois reçu un coup de fil en pleine nuit qui nous a réveillés en sursaut,

 

il arriva le coup de téléphone qui anéantit sa vie, et il arriva dans l’après-midi un dimanche en automne, et sa vie déjà anéantie d’autres fois fut anéantie à nouveau, sauf que dans la vie le néant n’existe pas,

 

Bref, c’était l’univers merveilleux de l’amour impossible entre Marco et Luisa, qui brillait de tous ses feux du moment qu’ils étaient séparés.

 

À vrai dire, personne n’est fait pour personne, et des gens comme Marina Molitor ne sont même pas faits pour eux-mêmes. Elle, elle cherchait un abri, c’est tout, un discours pour faire encore un peu de chemin ; lui, il cherchait rien moins que le bonheur. Elle lui avait toujours menti, c’est vrai, et c’est mal, très mal, parce que le mensonge est un cancer qui se propage, s’enracine et se confond avec la substance même qu’il corrompt – mais lui, il avait fait pire. Il l’avait crue.

 

Nous travaillons sur les désirs, sur les plaisirs. Parce que même dans la situation la plus désastreuse, les désirs et les plaisirs survivent. C’est nous qui les censurons. Quand nous sommes frappés par le deuil, nous censurons notre libido, alors que c’est précisément elle qui peut nous sauver. Vous aimez jouer au foot ? Alors jouez au foot. Vous aimez marcher au bord de la mer, manger de la mayonnaise, vous vernir les ongles, attraper des lézards, chanter ? Faites-le. Ça ne résoudra pas un seul de vos problèmes, mais ça ne les aggravera pas non plus et pendant ce temps, votre corps se sera soustrait à la dictature de la douleur, qui voudrait le mortifier.

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*Sorrow & Bliss »— Meg Mason

 

« It used to be a jokes between us, that in everything I swing between extremes and he lives his entire life on the middle setting. »

 

« She doesn’t want to be let go. People letting her go has become a theme. For once, she would like to be detained. »

 

« I was so happy for her and did not know how I was going to survive it. »

 

« One day, years later, my mother would tell me that no marriage makes sens to the outside world because, she would say, a marriage is its own world. »

 

« ‘Martha’, he said afterwards, lying next to me. ‘Everything is broken and messed up and completely fine. That is what life is. It’s only the ratios that change. Usually on their own. As soon as you think that’s it, it’s going to be like this forever, they change again.’ »

 

« All the way, I thought about my diagnosis. The fact that, in receiving it, the mystery of my existence had been solved. ——had determined the course of my life. It had been looked for and never found, guessed about, never correctly, suspected and disqualified. But it had always existed. It had informed every decision I had ever made. It made me act the way I did. It was the cause of my crying. When I screamed (…) it put the words in my mouth (…). I’d had no choice. And every time in the last two decades that I’d observed myself and seen a stranger, I had been right. It was never me. »

 

« And I wonder, is there any way you could come to see that what you’ve been through is for something? Is it why you feel everything and love harder and fight more ferociously than anyone else? Is it why you are the love of …’s life? (…) Why is that, if not the for the life you have lived, as someone who has been refined by fire? »

 

« We talk about various things: if the hinge on the dishwasher door can be fixed or not; how two people who have ruined each other’s lives can be together again. When people discover that you and your husband were separated for a time but have since reconciled, they put their head on the side and say, ‘clearly you never stopped loving him deep down.’ But I did. I know I did. It is easier to say yes, you’re so right, because it is too much work to explain to them that you can stop and start again from nothing, that you can love the same person twice. »